Salut les baroudeurs !
Si tu lis ces lignes, c'est que l'idée de prendre le volant d'un van en Colombie te titille sérieusement. Et tu as bien raison. On parle d'un pays grand comme deux fois la France, avec des paysages à couper le souffle, une culture incroyablement riche et une chaleur humaine qui te fera oublier les nids-de-poule sur ton chemin.
Mais la Colombie en van, ce n'est pas un road trip comme les autres. C'est une aventure qui demande un peu plus de préparation, une bonne dose de flexibilité et l'envie de sortir des guides touristiques. Oublie le classique triangle Bogotá-Medellín-Cartagena. Ici, on part pour trois semaines sur les routes moins fréquentées, à la rencontre d'une Colombie authentique, entre montagnes vertigineuses, déserts uniques et villages coloniaux préservés.
J'ai sillonné le pays pendant plusieurs mois, et je vais te partager un itinéraire qui m'a marqué, avec ses hauts, ses bas, ses galères et ses moments de pure grâce. Accroche-toi, on part pour 3000 km d'aventures.
Pourquoi la Colombie en van ? Le choc des réalités
Avant de plonger dans le vif du sujet, parlons franchement. La Colombie n'est pas le pays le plus facile pour un road trip. Les routes sont souvent sinueuses, parfois en mauvais état, et les conducteurs locaux ont leur propre code de la route, un brin... créatif. Un trajet de 200 km peut facilement prendre 5 ou 6 heures. Il faut le savoir.
MAIS. C'est précisément cette "difficulté" qui rend l'expérience si unique. Voyager en van te donne une liberté absolue. Tu n'es plus tributaire des horaires de bus souvent aléatoires. Tu peux t'arrêter au bord d'un canyon pour déjeuner, dormir au sommet d'un col avec une vue imprenable, et surtout, tu vas rencontrer des endroits et des gens que tu n'aurais jamais croisés autrement.
L'écosystème du van en Colombie : état des lieux
La location de van se développe doucement mais sûrement. Contrairement à la location classique de voiture, l'offre de vans aménagés reste niche mais de qualité. Les principaux loueurs se trouvent à Bogotá, Medellín et Cartagena, avec des véhicules souvent importés d'Europe ou des États-Unis.
Les types de véhicules disponibles :
- Renault Master aménagé (le plus courant)
- Mercedes Sprinter (haut de gamme)
- Volkswagen Transporter (plus rare)
- Fourgons locaux aménagés (économiques)
Compte entre 60 et 100 euros par jour pour un van pour 2-4 personnes, assurance comprise. Les prix varient selon la saison (haute saison de décembre à mars et juillet à août) et l'équipement. Un van bien équipé comprend généralement : lit double, kitchenette avec gaz, frigo 12V, système solaire, réservoir d'eau et parfois même douche extérieure.
La sécurité en van : mythes et réalités
Le gros avantage ? La Colombie est globalement très safe pour dormir en van. Les parqueaderos (parkings gardés) sont monnaie courante et pour quelques dollars, tu as une place sécurisée pour la nuit, souvent avec accès à des douches et des toilettes. C'est le secret le mieux gardé du vanlife colombien.
Les meilleurs spots pour dormir :
- Parqueaderos vigilados (5 000 à 15 000 COP la nuit)
- Stations-service Terpel avec aire de service
- Fincas (fermes) accueillant les voyageurs
- Certaines plages (avec autorisation des communautés)
Itinéraire 3 semaines : La boucle Caraïbes & Andes
Notre itinéraire de 21 jours évite volontairement les grandes métropoles pour se concentrer sur la diversité des paysages. On commence et on termine à Cartagena, un hub pratique pour la location et le retour du van.
Distance totale : Environ 2800 km Budget moyen (hors vol) : 35-50€/jour/personne (essence, nourriture, activités, parking) Dénivelé cumulé : Plus de 15 000 mètres de montée Types de routes : 60% goudronnées, 25% pistes, 15% routes de montagne
Semaine 1 : Des Caraïbes à la fraîcheur de la Sierra Nevada
Jours 1-3 : Cartagena & les préparatifs
Cartagena, c'est la carte postale. La ville est magnifique, mais son centre historique n'est pas fait pour les vans. Les rues étroites du centre colonial et les places pavées deviennent rapidement un casse-tête pour un véhicule de plus de 5 mètres.
Immersion cartagenera : On y passe une journée à s'imprégner de l'ambiance, se perdre dans les ruelles colorées du Getsemaní où l'art urbain côtoie l'architecture coloniale. Le marché de Bazurto est une expérience sensorielle à part entière - entre les étals de fruits tropicaux, l'odeur du poisson frais et l'énergie des commerçants.
Check-list technique du van :
- Pression et état des pneus (incluant la roue de secours)
- Niveaux d'huile, liquide de refroidissement, lave-glace
- Fonctionnement du frigo sur les 3 sources (12V, 220V, gaz)
- Système électrique et panneaux solaires
- Étanchéité du réservoir d'eau (80L minimum recommandé)
On passe la première nuit dans un parqueadero sécurisé aux abords de la ville pour s'habituer au véhicule. Le "Parqueadero La Popa" offre une vue imprenable sur la ville fortifiée pour seulement 10 000 COP la nuit.
Jours 4-6 : La remontée vers la péninsule de La Guajira
Navigation et communication : Achète une carte SIM Claro ou Movistar avec des données mobiles. L'application Maps.me est ton meilleur ami pour télécharger les cartes et naviguer hors-ligne. Waze fonctionne bien aussi sur les routes principales, mais consomme plus de batterie. Les Colombiens utilisent beaucoup WhatsApp pour communiquer - c'est pratiquement un standard national.
Direction le Nord, on quitte la côte touristique pour entrer dans le vif du sujet. Première étape : le parc national de Tayrona. En van, on évite l'entrée principale bondée et on se dirige vers Cabo San Juan en passant par Calabazo.
L'alternative Tayrona :
- Entrée Calabazo : moins fréquentée, parking sécurisé à 10 000 COP
- Randonnée de 2h dans la jungle tropicale humide
- Rencontre avec des singes hurleurs et des toucans
- Arrivée sur des plages paradisiaques préservées
On dort au camping de la plage, le bruit des vagues et des singes hurleurs comme réveil-matin. Le tarif est d'environ 15 000 COP par personne avec accès aux douches basiques.
Ensuite, cap sur Palomino, un village chill au pied de la Sierra Nevada. Ici, l'activité incontournable : se laisser flotter sur une bouée le long de la rivière Palomino depuis les contreforts de la montagne jusqu'à la mer. Le courant naturel fait tout le travail pendant 2-3 heures de descente paisible.
Conseil local : Les meilleurs spots de stationnement se trouvent sur la plage nord, après le pont. Toujours demander l'autorisation aux propriétaires des terrains (5 000-10 000 COP la nuit). Éviter de s'installer trop près de la mer à marée haute.
Puis, on pousse plus loin, vers Mingueo. La route devient poussiéreuse, le paysage aride. C'est la porte d'entrée vers la Basse Guajira, territoire des communautés Wayuu.
Logistique carburant : Ici, pas de station-service classique. On fait le plein dans de petites échoppes où l'essence est vendue en bouteilles de 5L à 25 000 COP (soit environ 1,25€/L). Toujours vérifier la propreté du carburant. L'aventure commence vraiment.
Semaine 2 : L'immensité du désert et le retour vers les terres
Jours 7-10 : Le désert de La Guajira et Cabo de la Vela
Conduite tout-terrain : La route pour Cabo de la Vela est une piste de sable et de pierres sur environ 80 km. Il faut impérativement :
- Rouler exclusivement de jour (6h-18h)
- Gonfler les pneus à 1,8 bar pour mieux flotter sur le sable
- Avoir au moins 20L d'eau potable en réserve
- Prévoir 3-4 heures pour 80 km
Le paysage est d'une beauté brute et minimaliste : des étendues de cactus cardón pouvant atteindre 10 mètres de haut, des troupeaux de chèvres cherchant l'ombre rare, et une lumière unique qui transforme les couleurs au fil de la journée.
À Cabo de la Vela, petit village de pêcheurs Wayuu, on se gare face à la mer des Caraïbes. Les chinchorros (hamacs traditionnels) sont suspendus entre deux poteaux, face au coucher de soleil mythique sur le Pilón de Azúcar.
Expérience culinaire : On mange du poisson grillé à la braise, acheté directement aux pêcheurs pour 8 000-12 000 COP la portion. Le riz à la noix de coco et les patacones (bananes plantain frites) accompagnent parfaitement. C'est dépouillé, basique, mais d'une authenticité rare.
Le lendemain, on reprend la piste pour Punta Gallinas, le point le plus septentrional de l'Amérique du Sud. Le sentiment d'être au bout du monde est total.
Les incontournables de Punta Gallinas :
- Dunes de Taroa : 30 mètres de sable blond qui plongent dans la mer turquoise
- Bahía Hondita : baie isolée aux eaux calmes et transparentes
- Phare colombien : vue panoramique sur l'immensité désertique
On dort chez l'habitant Wayuu, une expérience culturelle forte. Les familles accueillent les voyageurs dans leurs rancherías (maisons traditionnelles) pour 25 000 COP la nuit avec dîner inclus. Attention, cette zone requiert l'embauche d'un guide local (environ 50 000 COP par véhicule), ce qui est une bonne chose pour l'économie locale.
Jours 11-14 : La descente vers Bucaramanga et le Cañon del Chicamocha
On quitte l'aridité du désert pour entamer une longue descente vers le sud. La route serpente à travers des paysages qui changent radicalement toutes les heures : de l'arbustique désertique à la forêt tropicale sèche, puis aux premiers contreforts andins.
Transition climatique : En 4 heures de route, on passe de 35°C à l'ombre à 22°C, avec une humidité qui augmente progressivement. C'est le moment de sortir les couvertures du placard !
L'étape à ne pas manquer : la Mesa de los Santos et le Cañon del Chicamocha. Ce canyon, l'un des plus grands au monde avec 227 km de long et 2000 mètres de profondeur par endroits, est vertigineux.
Exploration du canyon :
- Parc National du Chicamocha : entrée 25 000 COP/personne
- Téléphérique de 6,3 km traversant la faille (30 000 COP aller-retour)
- Sentiers de randonnée avec vues spectaculaires
- Observatoire des condors (possibilité d'apercevoir ces oiseaux majestueux)
Pour la nuit, des fermes (fincas) aux alentours acceptent souvent les vans et offrent un cadre paisible. La "Finca Orgánica San Antonio" propose des emplacements pour 10 000 COP/nuit avec accès à des douches chaudes et des produits fermiers bios. C'est l'occasion de se remettre des pistes de la Guajira.
Bucaramanga, la "ville des parcs", est une agréable surprise avec ses 60 parcs urbains. Moins touristique que Medellín, elle a une ambiance décontractée. C'est le point parfait pour :
- Faire des courses au marché central
- Une vidange si nécessaire (30 000 COP avec l'huile)
- Se reposer dans des parqueaderos sécurisés en centre-ville
Semaine 3 : Le cœur colonial et le retour à la mer
Jours 15-18 : Barichara et la région de Santander
Direction Barichara, souvent qualifiée de "plus joli village de Colombie". Et le titre est mérité. Ses rues pavées de pierre jaune, ses maisons basses blanchies à la chaux aux portes et volets verts, et son calme olympien en font une étape reposante.
Architecture et artisanat :
- Église de l'Immaculée Conception (monument national)
- Ateliers de travail de la pierre traditionnelle
- Fabrication de papier artisanal au Musée du Papel
- Artisanat en céramique et vannerie
On se gare en périphérie (le centre historique est piéton) et on explore le village à pied. De là, on emprunte le Camino Real, un sentier de pierre datant de l'époque coloniale parfaitement préservé, pour rejoindre à pied le village de Guane.
Randonnée du Camino Real :
- Distance : 5 km
- Durée : 2-3 heures à pied tranquille
- Dénivelé : -400 mètres
- Paysages : canyon, forêt tropicale sèche, vue sur le rio Suarez
La région de Santander est aussi le paradis des sports d'aventure. Près de San Gil (à 45 minutes de Barichara), on peut s'essayer au parapente (80 000 COP), au rafting niveau III-IV (45 000 COP) ou au vélo le long de la route spectaculaire qui surplombe le Chicamocha.
Pour le van, c'est une période de détente sur des routes en bon état. Les paysages de montagne avec leurs teintes vert émeraude contrastent avec l'aridité des semaines précédentes.
Jours 19-21 : Retour vers Cartagena via Mompox
Dernier grand saut : la route vers Mompox. Fondée au XVIe siècle, cette ville est figée dans le temps. Isolée par le fleuve Magdalena, elle a préservé son architecture coloniale intacte et une atmosphère hors du temps.
Patrimoine UNESCO : Mompox fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1995. Les éléments remarquables :
- Église de Santa Bárbara avec son clocher mudéjar unique
- Cimetière colonial aux tombes blanches immaculées
- Ateliers de filigrane d'or (spécialité locale depuis le XVIIe siècle)
- Architecture néoclassique parfaitement préservée
Se promener sur ses malecones (promenades fluviales) au coucher du soleil est un moment d'une sérénité absolue. Les pêcheurs rentrent avec leurs prises, les enfants jouent sur les berges, et la chaleur du jour laisse place à une douce fraîcheur. C'est l'étape culturelle forte de la fin du voyage.
Stationnement à Mompox : Le meilleur spot se trouve près du terminal fluvial (5 000 COP la nuit avec gardien). Éviter les rues étroites du centre historique.
Ensuite, c'est le long retour vers Cartagena. La route est plate et droite à travers les savanes du Bolívar, un contraste total avec les semaines précédentes. On en profite pour :
- Faire le bilan du voyage
- Trier les milliers de photos
- Savourer les derniers instants de liberté sur la route
- Préparer mentalement le retour à la civilisation
La dernière nuit se passe dans le même parqueadero qu'à l'arrivée, le temps de nettoyer le van de fond en comble et de préparer la restitution.
Budget détaillé & Conseils de Survie
Analyse financière complète
Budget pour 2 personnes sur 21 jours :
- Location de van : 90€/j x 21 j = 1890€
- Essence (Diesel) : 2800 km à ~10L/100km = 280L x 1€/L = 280€
- Parkings de nuit : 15 nuits x 5€ = 75€
- Nourriture (marchés, restaurants locaux) : 25€/j x 21 j = 525€
- Activités & entrées parcs : 200€
- Péages & divers : 100€
- Total : 3070€ (soit ~1535€ par personne)
Détail des économies possibles :
- Cuisiner davantage : budget nourriture réduisible à 15€/j/personne
- Choisir un van économique : à partir de 60€/j
- Réduire les activités payantes
- Mixer camping sauvage et parqueaderos
Guide de survie pratique
Conduite et navigation
Conduite défensive obligatoire :
- Klaxonne systématiquement dans les virages en montagne
- Les dépassements se font souvent en côte - extrême prudence
- Vit



