Salut les baroudeurs !
Tu rêves de poser tes godasses au pied du toit du monde ? De marcher dans les pas des légendes de l’Himalaya ? De sentir cette petite pointe d’appréhension mêlée d’excitation pure quand tu lèves les yeux vers l’Everest ?
L’Everest Base Camp, ce n’est pas une simple balade. C’est une expédition. Une aventure qui te transforme, qui te remet à ta place face à l’immensité des montagnes. Ce n’est pas de l’alpinisme technique comme gravir certains sommets mythiques pour l’alpinisme, mais c’est une épreuve d’endurance, de mental et de résistance à l’altitude.
Je l’ai fait. J’ai suivi ce sentier mythique, j’ai craché mes poumons à certains passages, j’ai frôlé le mal aigu des montagnes, et j’ai vécu des moments de pur bonheur, assis sur un rocher, un thé au gingembre dans les mains, à contempler le Lhotse se teinter de rose au coucher du soleil.
Ce guide, c’est celui que j’aurais aimé avoir avant de partir. Pas de blabla marketing, que du concret : budget réel, timing, distances, pièges à éviter, et mes anecdotes de terrain. Prépare ton sac, on y va.
Pourquoi l’Everest Base Camp n’est pas une randonnée comme les autres
On entend souvent : « C’est un trek très fréquenté, ça doit être facile. » Grosse erreur. La difficulté de l’EBC ne réside pas dans la technicité du terrain, mais dans son implacable logistique et son environnement extrême.
L’altitude, reine et ennemie. Le point culminant du trek, le Kala Patthar (5 645 m), te place à une altitude où l’air contient presque moitié moins d’oxygène qu’au niveau de la mer. Ton corps devient ton propre projet scientifique. Chaque pas est une négociation avec tes capacités physiques. On ne conquiert pas l’EBC, on s’y adapte avec humilité.
Une aventure logistique. Contrairement à un trek sauvage au Kamtchatka où tu es autonome, ici, tu dépends d’un écosystème : les lodges, les porteurs, les vols pour Lukla (dont on reparlera, une aventure en soi). C’est un voyage dans le voyage, une immersion dans la culture sherpa.
Le choc des extrêmes. Tu passes de la chaleur moite de Katmandou au froid mordant de Gorak Shep en quelques jours. Tu croises des yaks massifs sur des ponts suspendus fragiles, tu bois du thé dans des lodges chauffés au yak dung, et tu dors dans des chambres où la température avoisine les -10°C. C’est ça, la magie de l’EBC.
Itinéraire détaillé : 12 jours sur le toit du monde
Voici le programme classique, avec les infos qui comptent : les distances, les dénivelés et ce que tu vas vraiment ressentir.
Jour 1-2 : Katmandou (1 400m) - Vol pour Lukla (2 840m) - Phakding (2 610m)
- Distance/ Durée : Vol de 25 min (si la météo le permet !) + 3-4h de marche (8 km, -230m D+)
- Le ressenti : Le vol pour Lukla, c’est le premier grand frisson. La piste la plus dangereuse du monde ? Peut-être. Un décollage ou un atterrissage entre deux montagnes, ça réveille. À l'arrivée, l'effervescence de Lukla te saisit. La marche jusqu'à Phakding est une descente douce le long de la Dudh Koshi, une mise en jambe tranquille. Ne te laisse pas berner, c’est l’acclimatation qui commence.
Jour 3 : Phakding - Namche Bazaar (3 440m)
- Distance/ Durée : 6-7h de marche (12 km, +830m D+)
- Le ressenti : C’est la première grosse journée. La montée vers Namche est raide, interminable. Tu croiseras tes premiers porteurs, des héros méconnus qui transportent des charges folles avec une simple sangle sur le front. L’arrivée à Namche, la « capitale » sherpa, perchée en amphithéâtre, est une récompense. Ici, il y a des boulangeries, des pubs, une connexion satellite. La dernière touche de « civilisation ».
Jour 4 : Journée d’acclimatation à Namche Bazaar
- Activité : Montée au Musée de l’Everest et à l’hôtel Everest View (3 880m). « Monter pour dormir plus bas », c’est le mantra de l’acclimatation.
- Le ressenti : Ne saute surtout pas cette étape. Cette ascension te met à l’épreuve, mais la vue sur l’Everest, le Lhotse et l’Ama Dablam est ton premier vrai « wow » du trek. C’est aussi le jour où le mal de tête lié à l’altitude peut te frapper. Hydrate-toi, hydrate-toi, hydrate-toi.
Jour 5 : Namche Bazaar - Tengboche (3 860m)
- Distance/ Durée : 5-6h de marche (10 km, +420m D+)
- Le ressenti : Une journée magnifique, avec des vues époustouflantes sur l’Ama Dablam, une montagne d’une élégance folle. La descente vers la rivière est raide, et la remontée vers Tengboche l’est tout autant. Le monastère de Tengboche est un havre de paix. Assis à l’intérieur, dans le silence et l’odeur du beurre rance des bougies, on se sent tout petit.
Jour 6 : Tengboche - Dingboche (4 410m)
- Distance/ Durée : 5-6h de marche (11 km, +550m D+)
- Le ressenti : Le paysage change. Les forêts de rhododendrons laissent place à des vallées minérales, lunaires. L’air se raréfie. À Dingboche, tu sens vraiment l’altitude. Les nuits commencent à être froides. C’est le moment de sortir le duvet chaud.
Jour 7 : Journée d’acclimatation à Dingboche
- Activité : Ascension du Nangkartshang Peak (5 100m) ou d’une colline avoisinante.
- Le ressenti : La montée est dure, très dure. Chaque pas demande un effort surhumain. Mais le sommet offre une vue à 360° sur l’Everest, le Lhotse, le Makalu… C’est un investissement douloureux mais indispensable pour la suite.
Jour 8 : Dingboche - Lobuche (4 940m)
- Distance/ Durée : 5-6h de marche (7 km, +530m D+)
- Le ressenti : L’ambiance devient sérieuse. Le passage devant les memorials des alpinistes disparus sur le col de Thukla est un moment poignant et solennel. Ça remet les choses en perspective. À Lobuche, l’oxygène se fait rare. Manger et dormir deviennent des activités difficiles.
Jour 9 : Lobuche - Gorak Shep (5 164m) - Everest Base Camp (5 364m) - Retour à Gorak Shep
- Distance/ Durée : 7-9h de marche au total (12 km, +424m D+)
- Le ressenti : LE grand jour. La marche jusqu’à Gorak Shep est lente, sur un terrain de moraine instable. Tu déposes ton sac au lodge et tu repars vers l’EBC. Cette dernière portion semble interminable. Et puis, tu l’aperçois : ce chaos de pierres, de tentes colorées et de glace. L’Everest Base Camp. L’émotion est intense, mais souvent plus de soulagement que d’extase. Le paysage est brut, minéral. Tu n’es pas au sommet, tu es à son pied, et tu mesures l’immensité de la tâche pour ceux qui tentent l’ascension. La redescente vers Gorak Shep, épuisé, dans le froid qui tombe, est un combat.
Jour 10 : Gorak Shep - Kala Patthar (5 645m) - Pheriche (4 240m)
- Distance/ Durée : 8-10h de marche (14 km, +481m / -1405m D+)
- Le ressenti : On se lève avant l’aube, dans le froid polaire, pour gravir le Kala Patthar. C’est la montée la plus difficile physiquement de tout le trek. Mais le spectacle au sommet, avec l’Everest qui s’embrase sous les premiers rayons du soleil, est indescriptible. C’est LA photo, LE moment. Puis, c’est la redescente, longue mais euphorique. On retrouve de l’oxygène, on descend vers Pheriche, et on a l’impression d’avoir des super-pouvoirs.
Jour 11-12 : Pheriche - Namche Bazaar - Lukla
- Distance/ Durée : 2 jours de descente intense.
- Le ressenti : On dévore les kilomètres, les genoux souffrent, mais le moral est au top. La bière à Namche a un goût de victoire. Le retour à Lukla, c’est la boucle qui se boucle. Croiser les visages crispés des nouveaux arrivants te rappelle à quel point tu as changé en deux semaines.
Le nerf de la guerre : budget réaliste et logistique
Combien ça coûte vraiment ? Voici une estimation basse et réaliste pour un trek en autonomie (sans agence occidentale hors de prix).
Vols internationaux : 700 - 1 200 € (variable) Permis de trek : TIMS Card (20$) + Permis du Parc de Sagarmatha (30$) Vol Katmandou-Lukla-Katmandou : 350 - 400 € (réservable localement) Logement et nourriture : 25 - 40 €/jour. Un lodge coûte 3-5€ la nuit, mais tu dois manger tes repas sur place. Les prix grimpent avec l’altitude (une soupe à 6€ à Gorak Shep, oui oui). Porteur/Guide : 20 - 30 €/jour. Je recommande VIVEMENT un porteur. C’est un soutien logistique, un boost moral et une aide précieuse en cas de problème. C’est aussi redistribuer de l’argent à l’économie locale. Équipement (si tu dois tout acheter) : 500 - 1 000 €. Assurance : OBLIGATOIRE avec rapatriement médical et hélicoptère. Compte 150 - 250 €. Ne lésine pas.
Budget total réaliste (hors équipement) : 1 300 € à 2 000 € pour 15 jours. Une agence française te facturera le double, voire le triple.
S'entraîner pour l'EBC : prépare ton corps, pas seulement ton sac
Tu ne t’entraînes pas pour un marathon, tu t’entraînes pour une longue, lente et constante épreuve d’endurance.
Le cardio, roi. Course à pied, vélo, natation. L’idéal ? La randonnée en montagne avec du dénivelé. Fais des sorties de 5 à 8 heures avec ton sac chargé à 8-10 kg. Si tu n’as pas de montagne, monte et descends des escaliers. Beaucoup.
La force, reine aussi. Renforce tes jambes (squats, fentes) et ton dos. Un sac mal porté à 5 000 m, c’est le dos en vrac en deux jours.
L’entraînement mental. Apprends à gérer l’inconfort. Sors courir sous la pluie. Accepte que certains jours, ça ne va pas être fun. L’EBC, c’est 80% de mental.
Contrairement à la préparation pour une expédition aux pôles où le froid est constant et extrême, ici, tu dois gérer des variations thermiques folles et le manque d’oxygène. C’est une autre forme de résistance.
Équipement : la check-list qui ne te lâchera pas
Ne prends pas ça à la légère. Un mauvais équipement peut gâcher ton trek.
La base, le B.A.-BA :
- Chaussures : De montagne, imperméables, déjà rodées. Pas de place à l’improvisation.
- Sac à dos : 40-50 litres si tu as un porteur, 60-70 litres en autonomie.
- Sac de couchage : Confort à -10°C / -15°C. En duvet si tu peux.
- Vêtements : Suivre la technique des 3 couches. Sous-vêtements techniques (évite le coton !), polaire, et une veste Gore-Tex (imperméable et coupe-vent).
- Bâtons de trekking : INDISPENSABLES. Ils sauvent les genoux en descente et aident à la propulsion.
Les petits plus qui changent tout :
- Gourde isotherme : L’eau gèle dans une poche à eau classique.
- Crème solaire indice 50+ et stick à lèvres : Le soleil en altitude est un ennemi vicieux.
- Lingettes humides : Le luxe suprême quand les douches deviennent rares.
- Powerbank solaire : Recharger son téléphone/ appareil photo est un combat.
- Un bon livre et un jeu de cartes : Les soirées dans le lodge sont longues.
Santé et altitude : écoute ton corps, c'est ton meilleur guide
Le Mal Aigu des Montagnes (MAM) n’est pas une légende. C’est une réalité qui peut être mortelle.
Les symptômes à surveiller (score de Lake Louise) :
- Maux de tête tenaces.
- Nausées, vomissements.
- Vertiges, fatigue anormale.
- Insomnie.
La règle d'or : « Monter lentement, dormir bas ».
- Ne monte jamais plus de 400 à 500m de dénivelé par nuitée au-dessus de 3 000m.
- Bois au moins 3 à 4 litres d’eau par jour.
- Écoute ton corps. Une descente de 500m peut sauver ta vie.
Le Diamox (Acétazolamide) : Beaucoup en prennent en préventif. Parles-en à ton médecin. Ce n’est pas une potion magique qui permet de monter plus vite, c’est un aide qui peut faciliter l’acclimatation. Perso, je n’en ai pas pris, préférant la méthode naturelle, mais c’est un choix personnel.
Si tu présentes des signes d’œdème (toux grasse, difficultés à marcher droit, confusion), la descente est le SEUL remède. C’est là qu’une bonne assurance et un guide compétent sont cruciaux.
L'essentiel à retenir pour ton aventure
L’Everest Base Camp, c’est bien plus qu’une case à cocher sur une liste. C’est une leçon d’humilité. On part chercher un paysage, on revient avec une nouvelle perception de soi.
- Prépare-toi sérieusement : Physiquement et mentalement.
- Budgete correctement : Prévois une marge pour les imprévus (et les bières de célébration).
- Respecte l’altitude : C’est elle qui décide, pas toi.
- Voyage responsable : Respecte les locaux, leurs coutumes, et la montagne. Ramène tes déchets (les emballages de barres de céréales, c’est toi qui les remportes).
- Profite de chaque instant : Même les plus durs. C’est dans ces moments que tu grandis.
Cette aventure est à la portée de beaucoup, à condition de ne pas la sous-estimer. Ce n’est pas un trek "de luxe", c’est une expérience authentique, rude et magnifique. Une aventure qui, comme une plongée avec les requins, te confronte à la puissance brute de la nature et te laisse un souvenir indélébile.
Alors, prêt à marcher vers le toit du monde ? Fonce. Mais prépare bien tes genoux et ton esprit. L’Himalaya t’attend.



