Diavolezza : Le Guide Ultime du Baroudeur des Cimes
Diavolezza, ce n’est pas juste une station de ski de plus. C’est une gifle de beauté en plein cœur des Alpes suisses, un royaume de glace et de roche qui te remettra à ta place : petite et émerveillée. Oublie les stations aseptisées et les files d’attente interminables. Ici, on vient pour affronter les éléments, pour skier sur des glaciers millénaires et pour se saouler de paysages si grandioses qu’on en oublie de cligner des yeux. Que tu sois un rider aguerri cherchant la descente de l’extrême ou un novice tremblant sur ses skis, la « Diablesse » a un défi à te lancer. Ce guide est ton compagnon pour dompter ce domaine hors-norme, des pistes légendaires aux recoins secrets que seuls les locaux connaissent.
Présentation de Diavolezza : La Diablesse des Glaciers
Localisation et accès : Le chemin du baroudeur
Perdue au fin fond de l'Engadine, dans le canton des Grisons, Diavolezza ne s'offre pas à tout le monde. Il faut la mériter. Le voyage fait partie de l'aventure.
En voiture : Depuis Zurich ou Milan, prépare-toi à une balade de 2h30 à 3h. L'autoroute A13 puis la route principale 27 te mèneront jusqu'à Pontresina. De là, une route de montagne sinueuse et spectaculaire grimpe jusqu'au parking de la station (payant en haute saison, évidemment). Conseil de baroudeur : pars tôt. Les places de parking sont une denrée rare les jours de grand beau. Et vérifie l'état de tes pneus, la montée peut être traître.
En train : C'est l'option la plus zen. Le train des Glaciers Express (oui, le légendaire) ou les trains régionaux te déposent à la gare de Pontresina. De là, un bus postal jaune vif, aussi typique qu'efficient, assure la navette jusqu'au téléphérique de départ. Assieds-toi du côté droit pour des sensations fortes visuelles dès le début.
Proximité stratégique : Tu n’es pas dans un bunker. La station est au cœur d'un écosystème de géants. St. Moritz, le royaume du chic et de la jet-set, n'est qu'à 20 minutes. Davos et sa démesure sont à une heure de route. C'est l'endroit parfait pour une virée à la journée si tu as besoin de retrouver la civilisation (et des magasins de luxe).
Un peu d'histoire et de mythe : Pourquoi "Diavolezza" ?
Une station avec un tel nom ne peut pas être banale. La légende raconte qu'une belle fée des montagnes, éprise d'un mortel, fut trahie par ce dernier. Folle de douleur et de rage, elle se transforma en une diablesse ("Diavolezza" en italien/local) qui, depuis, ensorcelle les hommes qui s'aventurent sur ses pentes. Certains soirs, quand le vent souffle entre les pics et que les ombres s'allongent sur le glacier, on pourrait presque l'entendre chuchoter.
Plus prosaïquement, le développement de la station est intimement lié à la conquête du Piz Palü et du glacier de Morteratsch. Les premiers téléphériques, construits dans les années 50, étaient des exploits techniques pour l'époque, ouvrant ces terrains de jeu vertigineux au public. Aujourd'hui, les installations sont modernes, mais l'esprit d'aventure, lui, est resté intact.
Le domaine skiable : Le terrain de jeu du baroudeur
Les pistes et les remontées mécaniques : De la balade à l'extrême
Oublie les chiffres bruts. Ici, ce n'est pas la taille qui compte, c'est l'altitude. Le domaine s'étire principalement entre 2'978 mètres (la station de montagne) et 3'200 mètres (Isla Persa), avec un accès direct au glacier de Morteratsch qui descend jusqu'à 2'000 mètres. C'est un royaume de haute montagne, point final.
Pour les débutants (et les jours de flotte) : Ne t'attends pas à de vastes espaces débutants en haut. La piste bleue numéro 1 depuis la station supérieure est une belle et large piste pour se faire les jambes, mais l'altitude peut impressionner. Le vrai spot pour apprendre en toute sérénité est plus bas, à la station intermédiaire de Morteratsch. L'espace "Bermina Glacier World" est parfait pour les premiers virages.
Pour les skieurs confirmés (le cœur de cible) : C'est ici que ça se passe. Les pistes rouges qui dévalent depuis Diavolezza sont des classiques. Longues, avec un dénivelé constant et une vue folle sur le glacier Pers. La piste rouge n°3 vers la vallée est un must : près de 8 km de descente à travers des paysages lunaires. La neige y est souvent impeccable, même en fin de saison, grâce à l'altitude.
Pour les experts (l'adrénaline pure) : La Diavolezza ne se livre pas facilement. Les pistes noires, comme la n°6, sont raides, techniques et souvent parsemées de bosses. Mais le vrai graal, c'est le hors-piste. Le couloir "Canalone", face à la station, est une ligne mythique, raide et exposée, qui demande du matériel adapté (DVA, pelle, sonde) et une technique solide. Ce n'est pas une aire de jeu, c'est un terrain d'alpinisme. Un guide est fortement recommandé.
Les remontées : Le téléphérique principal est rapide et moderne. Il t'emmène de la vallée (1'100 m) à la station (2'978 m) en quelques minutes à peine. En haut, deux télésièges (Isla Persa et Diavolezza) te permettent de choper les départs les plus hauts sans effort. L'efficacité suisse à son meilleur.
Le glacier de Morteratsch : La descente mythique
Ce n'est pas une piste, c'est une expédition. La descente du glacier de Morteratsch est l'une des plus longues et spectaculaires des Alpes. Près de 10 km de descente et 1'500 m de dénivelé négatif !
Le parcours : Depuis le sommet de Diavolezza, tu prends la direction du col (sous la conduite d'un guide ou en suivant un itinéraire balisé en fonction des conditions). Tu te retrouves alors sur l'immense plateau du glacier, un océan de glace entouré de pics de plus de 4'000 m. La descente est progressive, presque hypnotique. On slalome entre les crevasses (toujours bien balisées, mais restez vigilants), sous le regard impressionnant du Piz Palü et du Piz Bernina.
Conseil de baroudeur : Fais-la tôt le matin, quand la lumière est rasante et que la neige est encore froide. Emporte un sac à dos avec de l'eau, un en-cas et une couche supplémentaire. Le temps peut changer très vite sur un glacier. Et surtout, prends le temps de t'arrêter. Respire. Regarde. C'est une descente qu'on vit plus qu'on ne la skie.
Hors-piste et itinéraires de randonnée : La liberté totale
Si tu restes sur les pistes, tu rates l'essentiel. Diavolezza est une Mecque pour le ski de randonnée et le freeride.
Le Freeride : Toute la face nord sous le téléphérique regorge de possibilités. Les pentes sous l'Isla Persa offrent des lignes variées pour tous niveaux. L'idéal est de venir après une chute de neige fraîche. L'exposition nord garde la poudreuse plus longtemps.
La Randonnée à skis : L'ascension du Piz Trovat (3'146 m) depuis le sommet du télésiège est un classique accessible en 1h30 de montée. La vue au sommet sur le Bernina est à couper le souffle. Pour les plus aguerris, la traversée du glacier jusqu'au refuge de Boval ou l'ascension du Piz Morteratsch sont des objectifs de rêve. Encore une fois, sur le glacier, un guide est non seulement recommandé, mais essentiel pour la sécurité.
Au-delà du ski : Diavolezza sous toutes ses facettes
Randonnées en raquettes et à pied
L'été, le domaine se transforme en un paradis pour les randonneurs. Mais l'hiver, sous la neige, la raquette offre une autre perspective.
Le sentier des neiges jusqu'à l'Isla Persa : Une balade facile et sécurisée (se renseigner sur l'ouverture) qui offre des points de vue incroyables sur la chaîne du Bernina. Le silence, seulement brisé par le crissement de tes raquettes, est d'une valeur inestimable.
La descente en luge depuis la cabane de Diavolezza : Une fois la nuit tombée, une piste de luge est tracée. Rien de tel, après une journée de ski, que de dévaler les pentes dans la pénombre, avec pour seul éclairage la lune et les étoiles. Souvent, la cabane reste ouverte pour un vin chaud bien mérité en bas.
Le Berghaus Diavolezza : Perché au sommet du monde
Ce n'est pas un restaurant d'altitude, c'est une institution. Le Berghaus Diavolezza, situé juste à la sortie du téléphérique, est célèbre pour sa terrasse panoramique qui donne littéralement sur le glacier Pers.
L'ambiance : Chaleureuse, alpine, avec des matériaux bruts. On s'y sent bien, qu'on soit en combinaison de ski ou en tenue de randonnée.
La nourriture : Ici, on mange solide. La spécialité ? Les plats grisons. Essaye absolument la Capuns, un rouleau de pâte aux épinards et à la viande séchée, nappé de fromage. Leur gâteau aux carottes est aussi une légende locale. Les prix sont élevés (on est en Suisse, à 3'000 m), mais le rapport qualité-cadre est imbattable.
Le petit plus : Dors sur place ! Le Berghaus propose des chambres simples mais confortables. Le vrai luxe ? Être là pour le lever de soleil sur le glacier, quand la station est encore déserte et que la montagne n'appartient qu'à toi.
Infos pratiques, budget et astuces de baroudeur
Budget : Combien ça coûte de défier la Diablesse ?
Soyons clairs : la Suisse, ce n'est pas donné. Mais avec un peu de jugeote, on peut éviter la faillite.
Le Forfait :
- Forfait journée adulte : Compte environ 65-70 CHF.
- Le bon plan : Le forfait "Bermina Superski" ou "Engadin" qui donne accès à plusieurs stations (St. Moritz, Corvatsch, etc.) peut être rentable si tu restes plusieurs jours. Vérifie les offres en ligne à l'avance.
- Conseil : Les forfaits de début ou fin de saison sont souvent moins chers.
La Bouffe :
- Manger au Berghaus : Un plat principal tourne autour de 25-35 CHF.
- Stratégie du baroudeur : Prends un gros breakfast à ton hébergement, emporte des barres de céréales, du chocolat et des fruits dans ton sac à dos. Tu peux aussi redescendre à Pontresina pour déjeuner dans un petit café, moins cher.
L'Hébergement :
- Sur les hauteurs (Berghaus) : Unique et magique, mais cher. > 150 CHF/nuit/pers.
- Dans la vallée (Pontresina, Samedan) : Beaucoup plus de choix et de prix. Les chambres d'hôte (B&B) sont souvent une excellente option pour rencontrer les locaux et payer 80-120 CHF la nuit.
Économies : Voyage en groupe pour partager les coûts de logement et de transport. Utilise les transports en commun, inclus dans de nombreux forfaits de séjour (Guest Card).
Quand y aller ? Le rythme des saisons
Diavolezza n'est pas une station à la saison courte. Grâce au glacier, elle tient longtemps.
Haute saison (Décembre à Mars) : C'est la période reine. Toutes les installations sont ouvertes, l'ambiance est au rendez-vous, mais c'est aussi la plus fréquentée. Idéal pour des conditions de ski garanties.
Hors saison (Avril à Mai / Octobre à Novembre) : Ma période préférée. Le soleil est plus chaud, les journées plus longues, et la foule a disparu. Le ski de printemps sur le glacier est fantastique. C'est le moment parfait pour la randonnée et le freeride. Vérifie bien les horaires des remontées, ils peuvent être réduits.
L'été (Juin à Septembre) : Le téléphérique fonctionne pour les randonneurs. C'est un autre monde : les glaciers fondent, les fleurs alpines éclosent... C'est magnifique, mais ce n'est plus le royaume du ski.
Conseils pratiques pour survivre et dominer
L'altitude : À 3'000 mètres, on la sent passer. Prends ton temps le premier jour, reste hydraté (l'air est sec), et évite l'alcool en excès. Écoute ton corps.
Le soleil et la météo : Le soleil en haute altitude est traître. Crème solaire indice 50, stick à lèvres et lunettes de glacier (catérie 4) sont OBLIGATOIRES, même par temps nuageux. Le temps peut basculer de l'ensoleillement à la tempête de neige en 30 minutes. Emporte toujours une couche coupe-vent et imperméable dans ton sac.
L'équipement :
- Ski : Prévois des skis assez larges pour la poudreuse, même si tu restes sur piste. Le domaine le mérite.
- Sécurité : Si tu sors des pistes, le trio DVA/pelle/sonde est non-négociable. Et savoir s'en servir encore plus. Suis une formation.
- Pour les boots : Il n'y a pas de location de chaussures en haut. Equipe-toi en bas.
Les anecdotes des locaux : Les secrets de la Diavolezza
- Le fantôme de la cabane : Les gardiens du Berghaus jurent que l'esprit de la fée Diavolezza hante parfois les couloirs la nuit, déplaçant des objets ou éteignant les lumières. A toi de vérifier...
- La piste secrète des chamois : Les anciens racontent qu'en suivant la trace des chamois sur le flanc est du Piz Trovat, on peut trouver une descente de poudreuse immaculée qui ne tient que quelques heures après la tempête. Son nom ? On ne le dit pas. Cherche, et tu trouveras peut-être.
- Le café du guide : Tôt le matin, avant l'arrivée des touristes, les guides de montagne se retrouvent au café du bas de la station pour un espresso serré et échanger sur les conditions du glacier. Si tu veux les bonnes infos, c'est là qu'il faut être.
Conclusion : Le verdict du baroudeur
Diavolezza, ce n'est pas une destination, c'est une expérience. C'est cette sensation unique de skier sur l'histoire géologique de la Terre, entouré de géants de granit. C'est l'effort qui précède la récompense, le vent qui te gifle le visage avant de découvrir un panorama qui te coupe le souffle.
Elle n'est peut-être pas la plus grande, ni la plus branchée, mais elle a une âme, une âme sauvage et indomptée. Elle te challenge, te teste, et si tu sais l'écouter, elle te transforme. Alors, prêt à répondre à l'appel de la Diablesse ?



