Bien. On se retrouve, les baroudeurs. On va parler de Bora Bora, mais pas celle des pubs pour le shampoing. On va parler du lagon, de son vrai visage, de ses secrets et de comment l’approcher sans se ruiner de manière obscène. Oubliez les clichés, on est ici pour le vécu.
Titre : Bora Bora : Le Guide Brut du Lagon pour Baroudeurs
Bora Bora. Ce nom, vous l’avez entendu partout. C’est la carte postale ultime, l’image de fond d’écran de votre collègue en vacances. Mais derrière cette perfection lisse se cache un écosystème d’une vitalité brute, un terrain de jeu pour qui sait comment s’y prendre. Ce guide n’est pas pour celui qui veut se prélasser en attendant le room service. Il est pour celui qui veut mettre la tête sous l’eau, sentir le courant, comprendre les marées et rencontrer les habitants – ceux à nageoires et ceux à pieds. On va parler timing, budget, spots précis et conseils de terrain. Accrochez-vous, on plonge.
Le Lagon de Bora Bora : Un Écosystème Unique et Fragile
Ici, le lagon n’est pas une étendue d’eau, c’est un organisme vivant. C’est une nursery, une autoroute sous-marine, un désert de sable et une forêt de coraux. Le comprendre, c’est la clé pour en profiter sans lui nuire.
La Faune et la Flore du Lagon : Le B.A.-BA du Baroudeur
Oubliez l’aquarium aseptisé. Ici, c’est sauvage.
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Les Poissons : La Foule. Ce ne sont pas des figurants. Ce sont des habitants. Les perroquets à bec bleu qui croquent le corail, les bancs de carangues à grosse tête qui chassent à la lumière rasante du matin, les poissons-anges empereurs juvéniles, noirs et bleu électrique avec leurs cercles blancs et bleus parfaits. Mon conseil : Observez les « stations de nettoyage ». De petits labres nettoient les parasites sur des poissons bien plus gros. C’est un spectacle de symbiose pure. Restez immobile, ça se passe à quelques mètres.
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Les Raies Manta : Les Danseuses. Elles ne sont pas toujours là. Il faut connaître les « cleaning stations » pour elles aussi, souvent près des passes où le courant est fort. Les voir voler dans l’eau, se faire nettoyer par les petits poissons, c’est hypnotique. Timing : Marée montante, c’est là qu’elles entrent dans le lagon pour se nourrir. On les voit souvent près de la passe de Teavanui.
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Les Requins : Les Gendarmes. Principalement des requins à pointes noires et des requins citrons de récif. Ils ne vous voient pas comme un repas. Point final. Les voir évoluer, c’est comprendre l’équilibre du lieu. Ils sont curieux, ils peuvent s’approcher, mais c’est leur maison. Respect. Anecdote : Un jour, en apnée près du récif, un requin citron d’environ 2m50 me suit à distance. Il n’est pas agressif, juste intéressé. On a fait 100 mètres côte à côte avant qu’il ne décide de plonger dans le bleu. Un moment de pure connexion, pas de peur.
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Les Coraux : La Fondation. Ils sont vivants. Ne marchez pas dessus. Ne les touchez pas. La crème solaire les tue. Privilégiez les t-shirts anti-UV et les lycras. L’état des coraux varie. Certains endroits sont en bonne santé, d’autres ont souffert du réchauffement. Votre responsabilité est de ne pas empirer les choses.
La Géographie du Lagon : Lire la Carte Comme un Local
Le lagon est délimité par la barrière de corail. Les « passes » sont les ouvertures naturelles qui permettent à l’eau océanique de s’engouffrer. C’est là que la vie est la plus intense, mais aussi où les courants sont les plus forts.
- La Passe de Teavanui : La principale. C’est un spot de plongée drift (dévalante) de niveau mondial. On se laisse porter par le courant qui entre dans le lagon, comme dans un téléphérique, en observant les requins, les napoléons, les bancs de barracudas.
- Les « Motu » : Les îlots de sable et de cocotiers qui bordent le récif. Ce ne sont pas que des décors. Ce sont des zones plus calmes, aux eaux peu profondes, idéales pour le snorkeling avec les raies et les requins (souvent nourris à certains endroits, on en reparle) ou pour pique-niquer loin de la foule.
- Le Chenal : La zone d’eau profonde entre l’île principale et les motu. C’est là que les resorts posent leurs bungalows. C’est aussi un spot pour voir les raies aigles.
Activités Incontournables : Stratégie et Plans d'Action
On ne fait pas les choses au hasard. Chaque activité a son timing, son coût et son piège à touristes.
Snorkeling et Plongée Libre : L'Art de l'Apnée
Le masque et le tuba, c’est votre passeport. Mais il faut savoir où aller.
- Le Jardin de Corail (côté Matira) : Accessible depuis la plage publique de Matira. Marchez vers la pointe, mettez votre masque. C’est gratuit, facile, et peu profond. Parfait pour les débutants et pour une session improvisée à 7h du matin quand personne n’est là. Vous y verrez des poissons-perroquets, des demoiselles, parfois des raies pastenagues enfouies dans le sable.
- Le Lagoonarium (privatisé) : Un endroit où les poissons sont concentrés. C’est bien, mais payant (environ 6000 XPF / 50€ l’entrée). L’alternative du baroudeur ? Trouvez les spots sauvages qui ressemblent à ça. Demandez aux pêcheurs locaux. Souvent, près des motu, vous trouverez des jardins coralliens aussi beaux, sans personne.
- Conseil d'équipement : Amenez votre propre masque et tuba. Un masque qui fuite gâche tout. Pour 50€, vous avez un set pro qui changera votre vie. Un petit parachute de palme (type short-blade) pour plus de puissance sans effort.
Plongée Bouteille : Le Grand Bleu en Mode Sérieux
Bora Bora est un spot de plongée de classe internationale. Mais ce n’est pas pour les baptêmes.
- Top Dive ou Bora Bora Diving Center sont les deux opérateurs sérieux. Comptez environ 8000 XPF pour une plongée (67€). Si vous n’êtes pas certifié, oubliez le baptême ici, il sera cher et moins impressionnant qu’une bonne session de snorkeling aux bons endroits.
- Les spots immanquables :
- La Passe de Teavanui : La drift dive. Niveau intermédiaire minimum. Sensations fortes garanties.
- Anau : Connu pour ses raies manta. Saisonnière, renseignez-vous.
- Tupitipiti : A l’extérieur de la passe. Pour les confirmés. Courants forts, requins marteaux, requins gris de récif. Le gros jeu.
- Timing : Plongée le matin. L’eau est plus calme, la visibilité est meilleure.
Les Excursions en Bateau : Le Piège et la Perle
C’est l’activité reine. Mais toutes les excursions ne se valent pas.
- Le Tour du Lagon « Classique » : Snorkeling avec les raies et requins + déjeuner sur un motu + tour en buggy. Prix : 12 000 à 18 000 XPF (100-150€). C’est bien, mais c’est l’usine. Vous serez avec 20 autres personnes.
- L'Alternative Baroudeur : Louez votre propre bateau. Ça a l’air fou ? Ça ne l’est pas. Pour 25 000 XPF la demi-journée (environ 210€), vous avez un bateau à moteur pour 4 personnes. Soit ~50€ par personne. Vous êtes libres. Vous allez où vous voulez, quand vous voulez. Vous ancrez sur un motu désert, vous plongez là où vous voyez un banc de poissons. C’est LE conseil ultime. Pas besoin de permis, les bateaux sont simples à manœuvrer. Ma plus belle journée à Bora Bora ? Un bateau loué, une glacière pleine de fruits et de poisson cru, et l’exploration de la côte Est, inaccessible autrement.
- Le Nourrissage des Raies et Requins : C’est controversé. Oui, c’est impressionnant de voir autant d’animaux si près. Mais cela modifie leur comportement naturel. À vous de voir. C’est souvent inclus dans les excursions.
Le Paddle, le Kayak et le Kitesurf : La Glisse Autonome
- Paddle/Kayak : La meilleure façon de découvrir le lagon au petit matin. Calme plat, eau transparente. De nombreux hébergements en proposent gratuitement. Profitez-en pour aller sur les motus face à vous.
- Kitesurf : Un spot de niveau mondial, mais pour initiés. Les vents sont souvent légers. Renseignez-vous très sérieusement avant de trimballer votre matos.
Budget : Comment Dompter le Coût de la Vie (ou presque)
On ne va pas se mentir, Bora Bora est chère. Très chère. Mais on peut modérer les dégâts.
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Hébergement : La Fourchette
- Économique (relatif) : Les pensions de famille sur l'île principale. Exemple : Pension Rose des Îles. Chambre simple, propre, souvent avec kitchenette. Comptez 15 000 - 20 000 XPF/nuit (125-170€). C’est là que vous rencontrerez d’autres voyageurs, pas dans les resorts.
- Milieu de Gamme : Les mêmes pensions, mais avec des bungalows sur pilotis. Oui, ça existe ! Beaucoup moins chers que les resorts. Comptez 30 000 - 40 000 XPF (250-335€). Vous avez l’expérience « bungalow sur l’eau » sans le prix du Conrad.
- Haut de Gamme : Les resorts. A partir de 80 000 XPF/nuit (670€) pour une chambre standard, jusqu’à des milliers d’euros pour les villas. Vous payez l’isolement et le service.
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Nourriture : La Clé des Économies
- Épiceries : Faites vos courses à Chin Lee ou Vaima Store. C’est cher, mais bien moins que les restaurants tous les jours.
- Roulottes : Le soir, sur le front de mer à Vaitape, les roulottes s’installent. Poisson cru, poisson grillé, frites. Un repas correct pour 1500-2000 XPF (12-17€). C’est bon, c’est local, c’est l’ambiance.
- Restaurants : Un plat dans un restaurant « normal » c’est 2500-3500 XPF (21-30€). Dans un resort, comptez le double, voire le triple.
- Must-eat : Le poisson cru à la tahitienne (lait de coco, citron, légumes). Le fruit à pain. Le pain coco.
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Transport :
- Le Bus/Le Truck : C’est le mode de transport local pour faire le tour de l’île. Quelques centaines de francs.
- Le Vélo : Idéal pour l’île principale. De nombreuses pensions en proposent.
- La Voiture de Location : Chère (~12 000 XPF/jour). Inutile sauf si vous voulez vraiment explorer chaque recoin de l’île (qui est petite).
Quand Partir ? Le Timing Parfait du Baroudeur
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Haute Saison (Sèche) : Mai à Octobre
- + : Temps au beau fixe, moins d’humidité, alizés. Meilleure visibilité sous l’eau.
- - : Prix au maximum, plus de monde.
- Verdict du baroudeur : Juin et Septembre sont les meilleurs mois. Évitez juillet-août si vous détestez la foule.
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Basse Saison (Humide) : Novembre à Avril
- + : Prix plus bas, moins de touristes, végétation plus luxuriante.
- - : Risque de pluies tropicales (courtes mais intenses), humidité élevée, possibilité de cyclones (rare, mais maximum en Février).
- Verdict du baroudeur : Décembre et Avril peuvent être des paris gagnants. Vous aurez sûrement des averses, mais le lagon est plus chaud et l’ambiance plus authentique.
Conseils de Terrain : La Sagesse du Vieux Routard du Pacifique
- L'Argent : Sortez du cash (XPF) à l’aéroport de Tahiti ou à la banque SOCREDO à Vaitape. Les cartes sont acceptées partout, mais pas les roulottes.
- Santé : Corail = coupures. Ayez un petit kit de premier secours avec désinfectant et pansements. Le soleil est impitoyable. Chapeau, t-shirt UV, crème solaire bio (pour les coraux) sont obligatoires.
- Langue : Un « Ia Ora na » (bonjour) et un « Mauruuru » (merci) ouvrent des portes et des sourires.
- Respect : Vous êtes chez eux. Chez les Polynésiens, chez les poissons. Respectez la nature, les sites sacrés (Marae), les gens. Prenez votre temps. Le « hurry up » n’existe pas ici.
- Communication : Le wifi est souvent médiocre et cher. Profitez de la déconnexion. Achetez une carte SIM locale (Vini) si c’est indispensable.
Anecdotes d'un Baroudeur : Les Moments qui Comptent Vraiment
- Le Pique-nique sur le Motu Tane : Après avoir loué notre bateau, on a débarqué sur ce motu désert. Juste nous, des crabes et les traces de tortues sur le sable. On a fait du feu (légalement, dans une zone prévue), on a grillé du poisson acheté le matin même à un pêcheur. Le soleil se couchait sur le Otemanu. Aucune photo, juste le souvenir.
- La Nuit des Raies Pastenagues : Un soir, avec une lampe torche, je suis retourné dans l'eau peu profonde de la pointe Matira. Le fond de sable était vivant : des douzaines de raies pastenagues, invisibles le jour, chassaient dans quelques centimètres d'eau. Un autre monde.
- La Leçon du Pêcheur : Assis sur le queton de Vaitape, j'ai discuté avec un vieux pêcheur. Il m'a montré comment il nouait sa ligne, m'a parlé des saisons des poissons. Il m'a dit : « Ici, la mer, c'est le frigo. Tu respectes, elle te nourrit. » Tout était dit.
Bora Bora n’est pas qu’un décor. C’est un monde. Approchez-le avec respect, avec curiosité, avec l’âme d’un baroudeur qui veut comprendre, pas juste consommer. Le lagon vous le rendra au centuple. Des images, vous en aurez. Mais des sensations, des odeurs, des rencontres, c’est ça le vrai butin. Bon vent.
Ia Ora na !



